Pourquoi les vibromasseurs ont-ils été inventés ?

Pourquoi les Vibromasseurs ont été inventés

Bonjour, bonsoir! Aujourd’hui, nous nous intéressons à l’histoire du vibromasseur ! Pour quelles raisons ces outils auto-érotiques ont-ils été créés ? A quand remonte leur invention ? A quoi ressemblaient les premiers vibrateurs ? Ont-ils toujours été réservés aux femmes ? Et enfin, comment se sont-ils développés au point d’être devenus aussi incontournables ? 

C’est ce que nous explorons dans cet article, et si vous êtes d’un naturel curieux, je promets de ne pas vous décevoir !

Sans plus tarder, plongeons ensemble dans les méandres de l’histoire de ces joujoux érotiques…mais avant tout, musique, Maestro !

Qu’est-ce que l’hystérie et quel lien avec le vibromasseur ?

C’est à la fin du XIXe siècle, en pleine époque victorienne, que deux “éminents” médecins (est-il nécessaire que je mentionne que la profession de médecin était alors exclusivement réservée aux hommes ?) constatent que beaucoup de femmes souffrent de nuée de symptômes qu’ils décident de regrouper et d’affubler d’une maladie nommée “Hystérie”, un terme dérivé du mot grec signifiant “utérus” (ils n’ont pas été le chercher bien loin, celui là).  

La première mention de maladies spécifiques aux femmes dans des textes médicaux de l’Égypte ancienne date d’environ 2000 avant J.-C. 

Le philosophe grec Hippocrate a été l’un des premiers à mentionner l’hystérie dans des comptes rendus médicaux gynécologiques. 

À la même époque, le philosophe grec Platon a écrit que l’hystérie était causée par le fait que les femmes n’avaient pas d’enfants, affirmant qu’un utérus sans enfant devenait angoissé et se déplaçait dans tout le corps, causant des problèmes de santé. Nous prouvant ainsi que même pour les grands sages, la femme et son plaisir restent un mystère ! 

La théorie de l’utérus baladeur

Accrochez-vous, ça va secouer… Dans l’antiquité, on pensait que l’utérus d’une femme se déplaçait dans tout son corps, causant divers problèmes médicaux en entrant en contact avec d’autres organes tels que les poumons, le foie et le cerveau. 

Certains médecins fondent alors leurs théories de l’hystérie féminine sur la théorie de l’utérus errant et prescrivent des traitements plus emprunts de la morale de l’époque que de réelles notions médicales. Voici le florilège de leurs super-remèdes contre l’hystérie (je vous préviens, ça pique les yeux…et pas que !) :  

  • le mariage 
  • les rapports hétérosexuels 
  • la grossesse
  • l’application d’huiles à l’odeur agréable sur les organes génitaux féminins 
  • la stimulation vaginale externe 

L’idée derrière ces traitements était de remettre l’utérus (et donc, par extension, la femme) “à sa place” dans le bassin (et la société patriarcale).

Les médecins ont continué à diagnostiquer l’hystérie féminine tout au long des deux premiers millénaires de notre ère et à pratiquer la stimulation génitale externe comme traitement de l’hystérie. 

Une étude a estimé qu’en 1913, 75 % des femmes souffraient d’hystérie féminine. Les médecins diagnostiquent l’hystérie sur la base d’une longue liste de symptômes communs : 

  • les maux de tête 
  • l’oubli 
  • l’irritabilité 
  • l’insomnie 
  • la dépression

Il ne leur est pas venu à l’idée que les femmes avaient peut-être tout simplement besoin de plaisir

Les premiers vibronosaures

Ne s’appelaient pas Denver! (oulà, elle est vieille cette ref…) 

Le premier vibrateur fut inventé par le Docteur Granville, qui souffre de tendinites aiguës suite à tous les traitements contre l’hystérie qu’il doit prodiguer à la foule de femmes victoriennes atteintes d’hystérie. Pour vous resituer dans le contexte, le traitement de l’époque est une “stimulation manuelle menant à l’extase” et promulguée par le bon docteur. Hé oui, faute de connaître son corps, on va se faire masturber par le médecin de famille. 

Chose surprenante, Granville écrit néanmoins en 1883 qu’il n’a pas l’intention de traiter l’hystérie avec son appareil et qu’il le voit plutôt comme un outil pour soulager la fatigue musculaire des hommes (à commencer par la sienne…). 

Granville pensait à l’époque que certaines de ses patientes imitaient les symptômes de l’hystérie afin d’obtenir un “traitement”, donc en d’autres termes, Granville ne voulait pas que les femmes aient des orgasmes après avoir utilisé son vibromasseur.

Des machines similaires, comme le masseur de table à vapeur “Manipulator” du Dr George Taylor, étaient déjà utilisées en France et aux États-Unis.

Si Granville vous semble familier, vous le connaissez probablement comme le médecin excitant du film Hysteria de 2011. Malheureusement, le film, basé sur le livre de 1998 de Rachel Maines, The Technology of Orgasm, prend pas mal de libertés en ce qui concerne les faits historiques.

Pour en revenir à nos vibros, l’invention est un franc succès : les stations thermales proposant une thérapie par vibration se multiplient, et le service est si populaire que les fabricants de vibrateurs avertissent les médecins de ne pas abuser de l’appareil moderne et que s’ils répondent à la demande incessante des patients, même la vibration mécanique peut s’avérer fatigante. 

Moralité : Les temps sont durs pour les médecins lorsqu’il y a prohibition de masturbation !

Des appareils de massage vibrants ont continué à apparaître dans les magazines au début des années 1900, certains fonctionnant à l’électricité, à l’aide d’une pédale, d’une turbine hydraulique, d’un moteur à gaz ou de la pression de l’air.

Avec la diminution de la taille des piles et l’apparition de l’électronique domestique, des publicités pour des vibromasseurs portables sont apparues dans des magazines féminins, des journaux et des catalogues destinés aux femmes au foyer, puisque l’appareil est innocemment vendu comme “purement médical”.

Les catalogues de travaux d’aiguille proposent donc des modèles aux femmes qui souhaitent essayer le traitement à domicile, faisant du vibrateur le cinquième appareil électrique à arriver dans les foyers, après la machine à coudre, le ventilateur, la bouilloire et le grille-pain.

La légitimité du vibrateur en tant qu’appareil médical a décliné après les années 1920, lorsque Sigmund Freud a correctement identifié le paroxysme (aka le traitement contre l’hystérie, si vous avez suivi) comme étant sexuel. 

Dès lors, on voit apparaître les vibromasseurs dans des films pornographiques dans un contexte sexuel, ce qui a rendu les vibromasseurs socialement inacceptables. 

Les médecins ont commencé à considérer les vibromasseurs comme des sextoys et ont perçu leur utilisation chez les femmes comme un acte sexuel plutôt que thérapeutique. 

Après 1952, les révisions du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux de l’American Psychiatric Association ont supprimé l’hystérie en tant que diagnostic médicalement reconnu pour les femmes, bien que les médecins aient continué à utiliser des diagnostics similaires, comme le trouble de la personnalité histrionique, pour les femmes et les hommes jusqu’au XXIe siècle. 

Ce n’est qu’en 2019, que les professionnels de la santé n’utilisent plus le terme “paroxysme hystérique” et qualifient désormais d’orgasme féminin le soulagement de la tension obtenu par la manipulation externe des organes génitaux ou la masturbation (ça doit être bien plus facile pour écrire les rapports médicaux, c’est plus court !).

Controverse sur le traitement de l’hystérie

D’après l’historienne Helen King, même s’il existait, le massage clitoridien n’était pas une procédure médicale courante. 

Elle argumente que Granville savait que le vibrateur pouvait avoir des utilisations sexuelles, et qu’il l’a même utilisé pour traiter les dysfonctionnements sexuels masculins, mais qu’il ne l’a jamais utilisé sur des femmes.

À cette époque, les modèles à manivelle comme le “Pulsocon” du Dr Macaura étaient commercialisés comme circulateur sanguin qui pouvait “arrêter rapidement la douleur et guérir les malades chroniques populaires”. En raison de leur faible coût et du fait qu’il ne nécessitait pas de source d’énergie, ce modèle est devenu très populaire à l’époque.

L’évolution du vibrateur jusqu’à aujourd’hui

En réalité, l’utilisation des vibromasseurs ne s’est répandue que lorsqu’ils ont été commercialisés auprès du grand public, hommes et femmes, en tant qu’appareils domestiques et médicaux, au début des années 1900. 

Un outil contre l’impuissance masculine

Des publicités mettant en scène des hommes et des femmes, des bébés et des personnes âgées, promettaient que les vibromasseurs pouvaient tout faire, de l’élimination des rides à la guérison de la tuberculose. Lorsque les médecins utilisaient des vibromasseurs sur des femmes, ils évitaient soigneusement de toucher leur clitoris. 

“La principale objection à la vibration ainsi appliquée est que, chez les patientes trop sensibles, elle est susceptible de provoquer une excitation sexuelle”, écrivait le gynécologue James Craven Wood en 1917. Toutefois, poursuit-il, “si la vibratode est maintenue à bonne distance du clitoris, le risque de provoquer une telle excitation est minime” (et après ils s’étonnent qu’on “souffre d’hystérie”…ben voyons…).

Il faut dire que la morale de l’époque est extrêmement puritaine. La loi Comstock de 1873 interdit la vente d’articles “obscènes”, les vibrateurs ne pouvaient donc pas être ouvertement présentés comme des sextoys, ça aurait fait mauvais genre… 

Pour éviter les poursuites, les fabricants de vibromasseurs ont adopté la stratégie utilisée par les fabricants de contraceptifs : ils ont mis l’accent sur les utilisations non sexuelles et ont utilisé un langage et une imagerie euphémiques pour faire allusion aux utilisations sexuelles de leurs produits (en gros, la stratégie est de tourner autour du pot…).

Les médecins se sont inquiétés du potentiel masturbatoire des vibrateurs, principalement pour protéger les hommes

En 1912, un livre de conseils aux hommes mettait en garde contre l’usage des vibrateurs électriques par des personnes “peu scrupuleuses” qui s’en servaient sur leurs patients “de façon masturbatoire”.

Les médecins victoriens savaient exactement ce qu’était l’orgasme féminin ; c’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles ils pensaient que la masturbation était une mauvaise idée. Ils connaissaient la fonction du clitoris, certains médecins allant jusqu’à l’enlever comme “remède” à la nymphomanie. Un seul médecin de l’époque – Clelia Mosher, défenseur de la santé des femmes – a réellement parlé aux femmes de leurs expériences, confirmant qu’elles se masturbaient. Utilisaient-elles des vibromasseurs ? Il semble que certaines d’entre elles l’aient fait..

Apprentissage de la masturbation

A la fin des années 60, la généralisation de la pilule contraceptive et l’assouplissement des mentalités à l’égard des relations sexuelles avant le mariage, ouvrent les discussions autour de la masturbation de manière plus positive. 

L’artiste et éducatrice sexuelle Betty Dodson a commencé à donner des ateliers de masturbation réservés aux femmes à New York à la fin des années 1960. Utilisant entre autres comme outil pédagogique un Panasonic Panabrator, mais à partir du milieu des années 1970, Dodson a commencé à recommander le Hitachi Magic Wand, contribuant à en faire l’un des vibrateurs les plus populaires et les plus connus de tous les temps.

Dans un article paru en 1974 dans Ms. Magazine, Dodson propose aux femmes de se masturber pour retrouver la connaissance sexuelle que la société leur a longtemps refusée. Comment ? En utilisant un vibromasseur

D’autres auteurs se mettent à vanter les mérites des vibromasseurs : Le médecin britannique Alex Comfort en a fait l’éloge dans The Joy of Sex (1972).

Une stigmatisation tenace

Une étude réalisée en 1974 a révélé que 61 % des femmes interrogées se masturbaient, mais que 25 % d’entre elles se sentaient coupables, perverses ou craignaient de devenir folles en le faisant. Dans certains endroits, la masturbation est même considérée comme un acte criminel. Il faut dire que dans beaucoup d’états, comme au Texas, la vente d’outils masturbatoires est encore illégale.

Mais comme dit l’adage “on n’arrête pas le progrès!” et c’est ainsi qu’apparait l’ouverture du premier sex-shop tenu par des femmes à New York : Eve’s Garden.

En 1983, la société de sextoys Vibratex a été la première à commercialiser aux États-Unis des vibrateurs dotés de composants internes et externes

C’est l’avènement des vibromasseurs “rabbit” : fabriqués dans des couleurs vives et des formes animales afin de contourner les lois sur l’obscénité en vigueur au Japon, où les vibrateurs étaient fabriqués. Le Castor, le Kangourou et la Tortue ne racontaient pas ici les Fables de la Fontaine. Non. Ces vibrateurs innovants étaient tous dotés d’un composant interne ressemblant à un pénis, ainsi que de différents types de chatouilles pour la stimulation externe, mais c’est le vibrateur Lapin (d’où son nom : Rabbit) qui est devenu célèbre, en partie grâce à une apparition dans l’émission “Sex and the City“. L’épisode, diffusé en 1998, montre Charlotte (pourtant la plus prude des quatre protagonistes) devenant dépendante d’un vibromasseur Rabbit.

Vibromasseur Rabbit Vibratex

Le mot de la fin

C’est tout pour aujourd’hui ! J’espère que cet article vous aura plu, que vous avez appris plein de choses et que vous en redemanderez ! 

Personnellement, je trouve l’histoire des inventions en général très divertissante. Et bien souvent, comme c’est le cas du vibromasseur, la fonction principale actuelle n’a rien ou peu de chose à voir avec sa fonction originelle ni même la raison pour laquelle l’outil a été inventé. C’est une belle démonstration de la théorie du palimpseste ou comment l’être humain et les mentalités, en constante évolution, réinventent continuellement ! Vous ne pensez pas ?

N’hésitez pas à nous transmettre vos questions, vos réflexions, vos impressions…(tout un tas de -ions) via notre page instagram, notre page facebook ou via courriel à hello@gode-is-love.com.

Je vous souhaite, comme toujours, bien du plaisir…

SOURCES

Gode is Love applique des directives strictes en matière de sources d’information et s’appuie sur des livres et sites web de professionnels du secteur, et des études évaluées par des pairs, des instituts de recherche universitaires et des associations médicales.

Voici les sources que nous avons utilisé pour la rédaction de cet article :

  • “Quand Granville invente le vibromasseur pour soigner l’hystérie” – Article sur le site de France Bleu, 2019
  • “La petite histoire du vibrateur” – Article sur le site Noovomoi.ca, 2019
  • “L’histoire du marteau de Granville, l’ancêtre du vibromasseur” – Article sur le site Ca m’intéresse, 2021
  • “Hysteria’ and the Long, Strange History of the Vibrator” – Article sur le site américain The Daily Beast, 2012
  • “How the vibrator came to be” – Article sur le journal The Guardian