Queer : tout savoir sur ce terme inclut dans le sigle LGBTQIA+

Queer Def

L’être humain est une créature complexe et multiple, telle une boule à facettes. Il semble logique que ses notions de sexualité et de genre ne soient pas du tout conçus pour être rangés dans des cases binaires, bien étiquetées comme un beau tableau manichéen.

Pourtant, cette vérité pousse certains à s’accrocher à leurs valeurs hétéro-normées, à adopter des lois ségrégataires ou à tout simplement faire l’autruche lorsqu’on entend une fois de plus aux infos qu’un crime de haine envers l’identité sexuelle a encore été commis. 

C’est pourquoi le mot “queer”, en plus d’être l’un des nombreux termes de genre et d’orientation sexuelle utilisés pour aider les gens à se définir et à trouver leur communauté, peut aussi être une forme de déclaration politique pour la communauté LGBTQIA+.

Petite définition pour les novices au passage, l’acronyme ci-dessus signifie  : qui appartient ou qui est relatif à la communauté des personnes homosexuelles, bisexuelles, trans, queer, intersexes ou asexuelles et le plus représente, entre autres, les personnes non-binaires.

Tout le monde en parle, mais sait-on vraiment tout ce qu’englobe le terme Queer ?

C’est ce que nous explorons dans cet article, avec un grand coeur arc-en-ciel, et cette chanson très parlante de Cyndi Lauper, qui défend la culture queer depuis le début de sa carrière, avec ferveur.

Origines du terme Queer et premiers emplois

Entré dans la langue anglaise au XVIème siècle, queer signifie à l’origine “étrange”, “bizarre”, “particulier” ou “excentrique”. 

Il peut faire référence à quelque chose de suspect ou de “pas tout à fait correct”, ou à une personne souffrant d’un léger dérangement ou présentant un comportement socialement inapproprié.

L’expression du nord de l’Angleterre “there’s nowt so queer as folk“, qui signifie “il n’y a rien d’aussi étrange que les gens”, qui peut être aujourd’hui traduite comme “il faut de tout pour faire un monde”, est employée dans ce sens. Les significations connexes de queer incluent un sentiment de malaise ou quelque chose de douteux ou de suspect. 

Dans le monologue comique de 1922 “My Word, You Do Look Queer“, le mot est pris dans le sens de “malaise”. L’expression “in Queer Street” est utilisée au Royaume-Uni pour désigner une personne en difficulté financière. 

Au fil du temps, le terme “queer” a acquis un certain nombre de significations liées à la sexualité et au genre, allant du sens étroit de “gay ou lesbienne” à la référence à ceux qui ne sont “pas hétérosexuels”, en passant par la référence à ceux qui ne sont ni hétérosexuels ni cisgenres (soit la communauté LGBTQIA+). 

Le terme est encore largement utilisé en vieil anglais avec son sens original ainsi que pour donner un superlatif adverbial (“très”, “extrêmement”).

Queer gone Wild(e)…

Le terme “queer” signifiant à l’origine “bizarre”, “étrange” et “inhabituel”, les hétérosexuels cisgenres de l’époque l’ont adopté pour insulter et aliéner les personnes “hors-normes”, “dandy”, en bref, qui ne correspondaient pas à l’étiquette de l’époque. Leur dédain visait tout particulièrement les hommes homosexuels. 

La première utilisation enregistrée du terme en tant qu’insulte remonte à 1894, lorsque John Douglas, 9e marquis de Queensberry, a traité son fils Lord Alfred Douglas et son amant présumé Oscar Wilde de “Snob Queers” lors d’un procès public. 

Peu après, les journaux américains ont commencé à utiliser le terme “queer” pour désigner les homosexuels dans des articles désobligeants, ce qui l’a fait entrer dans le lexique populaire.

Pour la petite histoire, Oscar Wilde est une figure emblématique du mouvement esthétique qui prônait “l’art pour l’art”. Précurseur du queer, poète et dramaturge irlandais prolifique, il fut persécuté pour sa sexualité à la fin du XIXème siècle. Il est connu pour son attitude provocatrice et sa répartie à toute épreuve et pour ses oeuvres, surtout “Le Portrait de Dorian Gray”.

Wilde, qui avait à coeur de revendiquer ses penchants comme ses idées de façon authentique et haute en couleur, avait lancé une mode de l’œillet vert porté à la boutonnière : cet œillet extra- ordinaire devint ainsi le symbole des hommes homosexuels de la haute société, un signe d’appartenance à cette portion alors interdite des citoyens, et une façon pour eux de se démarquer. 

Si vous suivez les actus people, vous aurez peut-être vu que lors du Met Gala 2021, Elliot Page (connu par le passé sous le nom de Ellen Page, figurant en tête d’affiche de Juno) y a fait un clin d’oeil dans son choix de tenue vestimentaire

Pour sa première apparition sur le tapis rouge depuis son coming-out transgenre, la star de l’Umbrella Academy portait une rose verte à sa boutonnière. 

Stonewall : réappropriation du terme Queer

Dans les années 1950 et 1960, les personnes homosexuelles et transgenres américaines font face à un système juridique homophobe, lesbophobe et transphobe. 

Bien sûr, il existait d’ores et déjà des collectifs tels que Mattachine Society et Daughters of Bilitis, pour faciliter l’intégration des individus non-hétérosexuels/hétéro-normés, mais ils n’avaient pas encore assez d’ampleur pour se faire entendre du gouvernement. 

Très peu de bars accueillent alors les personnes ouvertement homosexuelles. Ceux qui le font sont souvent des bars tenus ou gérés par des personnes elles-mêmes homosexuelles (et donc persécutées et marginalisées), ou la mafia. 

C’est le cas du Stonewall Inn, un bar miteux qui, selon les témoins de la nuit des émeutes, “n’avait même pas de toilettes et coupait ses bières avec de l’eau” selon un reportage du New-York Times.

Les descentes de police sont fréquentes à l’époque mais, le 28 juin 1969, les policiers perdent rapidement le contrôle de la situation au Stonewall Inn en raison d’une foule révoltée. 

Les légendes abondent quant à l’origine de ces émeutes et la fameuse question de “qui a lancé la première brique ?” a des réponses multiples et variées, notamment parce qu’il n’y avait pas vraiment de briques aux alentours de ce bar… Mais les témoins de cet évènement soulignaient lors du documentaire célébrant les “50 ans de Stonewall” qu’au final, l’importance n’est pas vraiment dans la question “Qui ?” mais dans la question du “Pourquoi ?”.

(Et non, ce n’était pas dû au décès tragique de Judy Garland, ceci est encore un cliché sur la culture queer). “Pourquoi ?” S’étonne-t-on, alors que des centaines d’années d’oppression pesaient sur cette communauté, il fallait bien qu’à un moment, ça éclate.

Emeutes de Stonewall

Les tensions entre police de New York et résidents queer de Greenwich Village prennent plus d’ampleur le lendemain soir et les jours suivants. En quelques semaines, les résidents du quartier s’organisent en groupes militants, mettent en place des lieux où les gays, les lesbiennes et les personnes transgenres peuvent se retrouver sans crainte d’être arrêtés. 

Le 28 juin 1970, les premières marches des fiertés (pride parades à l’origine de la Gay pride) ont lieu à Los Angeles et à New York pour marquer l’anniversaire des émeutes de Stonewall. C’est là que l’on voit, de façon ostentatoire, le terme “Queer” scandé et écrit en gros sur des banderoles, non plus comme une insulte, mais comme une fierté.

Des marches similaires sont organisées dans d’autres villes et, aujourd’hui, des marches de fierté sont organisées chaque année au niveau mondial, pendant le mois de juin, pour commémorer ces émeutes.

Ce sont les organisateurs de ces marches qui ont commencé à discuter des termes qui décrivent le mieux les expériences partagées par leur communauté. Bien que les gays, les lesbiennes et les transgenres de toutes les sexualités vivent le monde différemment, la société cisgenre les considère tous comme des “queers”. 

Des organisations comme Queer Nation à New York et des individus ont commencé à se réapproprier cette expression pour en faire un terme d’autonomisation et d’unification collective. Cette tendance n’a pris de l’ampleur que dans les années 1980 et 1990, lorsque les groupes LGBTQ+ se sont organisés contre la gestion de la crise du VIH/sida par le gouvernement américain. Assumer l’identité queer revient alors à dire : “Vous pensiez m’insulter, mais c’est en fait quelque chose que j’aime chez moi”. 

C’est en partie pour cette raison que, pour beaucoup de personnes, l’identité queer est aussi une identité politique. L’identité queer permet de remettre en question les structures de notre société. L’identité queer se manifeste par la façon dont on s’aligne sur les structures de la société ou dont on s’y oppose. 

Queer Nation Manifestations Années 1990

Quelles sont les orientations qui ne sont pas “queer” ?

La définition du terme “queer” varie en fonction de la personne à qui l’on s’adresse, et il est donc difficile de déterminer qui n’est pas “queer”. 

La sexualité étant un spectre, l’utilisation de ce terme est parfois polarisante pour les personnes bisexuelles et hétéro-flexibles (même si elles sont tout à fait concernées). En général, une personne hétérosexuelle, hétéro-romantique, cisgenre et monogame n’est pas considérée comme queer, mais il y a une exception.

Par exemple, on peut utiliser le signe “+” lorsqu’on se réfère à la communauté queer afin d’indiquer les personnes pangenre ou pansexuelles et celles qui vivent des relations alternatives, telles que le polyamour, le kink ou la non-monogamie. 

Parce que le terme Queer, dans son sens premier au début du mouvement activiste, est un terme regroupant toutes les sexualités non-conformes à l’idée hétéro-normée de nos sociétés occidentales. 

La question de savoir s’il est correct pour les polyamoureux hétérosexuels de se qualifier de “queer” a fait couler beaucoup d’encre. Alors que de nombreux membres de ces communautés affirment qu’ils vivent certainement en dehors de la norme #tradlife et qu’ils devraient donc pouvoir se qualifier de queer, les critiques soutiennent que l’utilisation de ce terme par une personne poly hétérosexuelle ne tient pas compte des décennies de militantisme LGBTQIA+ pour obtenir des droits fondamentaux et célébrer leurs identités.

Et la vérité est que certains individus au sein des communautés polyamoureuses ou kink s’identifient comme queer même s’ils jouissent de relations uniquement hétérosexuelles. 

Ainsi, l’étendue du terme “queer” peut être extrêmement subjective, car il n’offre pas la même image précise que d’autres identités, comme celle de lesbienne. 

Cette définition large, son imprécision et son caractère inclusif peuvent en faire un terme “parapluie” pour toute la diversité, en opposition à la conformité prônée par notre société : le Patriarcat (-ca).

Manifestation Queer Pride

L’anarchie Queer contre les étiquettes

1) Normes de genre

Le terme « genderqueer », ou « de genre queer » au Québec, peut à la fois être un synonyme de non-binaire, mais aussi avoir un sens plus restreint et désigner une identité non-binaire particulière basée sur la remise en cause des normes sociales.

La mode queer est la mode propre aux personnes queer et non-binaires allant au-delà des normes de style courantes qui associent généralement certaines couleurs et formes à l’un des deux genres binaires. La mode queer vise à être perçue par les consommateurs comme un style de mode promouvant le choix de vêtements en fonction des différentes formes corporelles des personnes plutôt qu’en fonction des normes vestimentaires déterminées par le genre.

2) Normes relationnelles

L’anarchie relationnelle est la pratique ou la conviction que les relations ne doivent pas être liées par des règles autres que celles sur lesquelles les personnes impliquées se sont mises d’accord. Si une personne anarchiste relationnelle a de multiples partenaires intimes, cela peut être considéré comme une forme de polyamour, mais le concept d’anarchie relationnelle se distingue du polyamour en postulant qu’il n’est pas nécessaire de faire de distinction formelle entre relations sexuelles, romantiques, intimes, ou platoniques. Ce mode relationnel est souvent pensé comme queer, en particulier comme mise en pratique de l’anarchisme queer, par remise en cause de la norme monogame.

La culture Queer dans…

  1. La Musique

Le queercore est un mouvement culturel et social qui prend naissance au milieu des années 1980 comme une branche isolée du punk. Il se caractérise par un dissentiment avec la société hétéronormative en général et un désaveu complet de la communauté gay et lesbienne établie. Le queercore s’exprime dans un style “do it yourself” à travers les fanzines, la musique, l’écriture, l’art et le cinéma.

En tant que genre musical, les paroles explorent les thèmes de la discrimination et des préjugés, et abordent des sujets tels que l’identité sexuelle, le genre sexuel et les droits des individus. Plus généralement, les groupes proposent une critique de la société à partir de leur position dans cette société. Les groupes queercore englobent différents genres tels que le synth-punk, le rock indépendant, la power pop, le no wave, le noise, la musique expérimentale, la musique industrielle et bien d’autres.

Queer Culture Musique

2) La Philosophie

La théorie queer est une théorie sociologique et philosophique qui postule que la sexualité et le genre d’un individu ne sont pas déterminés exclusivement par son sexe biologique, mais aussi par son environnement socio-culturel, par son histoire de vie ou par ses choix personnels.

Rattachée au post-structuralisme, elle critique principalement l’idée que le genre et l’orientation sexuelle seraient déterminés strictement par la génétique ou la biologie, mais aussi par d’autres facteurs, tels que la symbolique ou l’expérience personnelle, des variantes importantes pouvant exister chez ses théoriciens.

3) La Littérature

Dans son livre “The Trouble with Normal – Sex, Politics & the Ethics of Queer Life”, Michael Warner donne à « queer » le sens d’un cri de « ralliement des personnes marginalisées » : dans ce sens, le mouvement Queer inclut ainsi non-seulement les personnes minorisées sur l’axe de la sexualité ou de l’identité de genre, mais aussi celles qui le sont par “la langue, la peau, la migration ou l’État”. 

Cette ouverture de queer à d’autres identités que les minorités sexuelles et de genre pose question et divise au sein de la communauté LGBTQIA+.

En résumé, avant d’assumer que qui que ce soit est queer, mieux vaut demander, comme le dit Ruby Rhod : “C’est green ?”

4) Les Médias

RuPaul a déclaré lors d’une récente finale que Drag Race est “pour les gens queer, par les gens queer”. Mais plus précisément, il s’agit d’une émission sur les homosexuels non conformistes. Dans le paysage médiatique actuel, où l’image queer est encore si souvent blanche et conforme au genre, il est rare de voir à la télévision des portraits aussi complets de personnes queer non conformes au genre, et en particulier de personnes queer de couleur.

L’identité queer est à ce titre utilisée comme un moyen d’assumer et de commercialiser sa différence, comme le démontre la carrière et le fandom de Lady Gaga par exemple. L’émission est passée d’une émission gay culte à une émission télévisée spectaculaire qui dit aux téléspectateurs : “Je ne suis pas normal et ce n’est pas grave”.

5) Les influences instigatrices de la libération du Queer

Comment ne pas citer Prince, Elton John, David Bowie, Freddie Mercury, ou encore le fameux courant glam-rock inspiré par le film/comédie musicale The Rocky Horror Picture Show ? Ces artistes et courants artistiques ont changé à jamais le regard que la société porte sur les “Queers” et en sont devenus des “Queens”.

La culture queer est la principale raison pour laquelle les années 80-90 furent hautes en couleurs, libérant les moeurs de la société occidentale. Et c’est dans cette optique que le “+” de l’acronyme LGBTQIA+ peut-être considéré comme une façon d’inclure toutes les personnes concernées par le désir d’être visibles, de façon inclusive.

Sigle LGBTQIA+

À ce stade de notre histoire, le terme “queer” évoque une nouvelle signification et un nouvel engagement politique. Le refus d’être rangé dans une boîte pour que cela plaise à la société, la volonté d’être vu.e et entendu.e sans faux-semblants et sans étiquette.

Peut-être peut-on considérer le terme Queer comme un outil de remise en question perpétuelle, dans cette nouvelle reconstruction de notre société, pour qu’elle soit plus inclusive et nous ressemble davantage à tous.tes en repoussant les frontières de la norme à grand coup d’originalité !

Sur ce, nous vous laissons avec un brin d’humour et Willam !

SOURCES

Gode is Love applique des directives strictes en matière de sources d’information et s’appuie sur des livres et sites web de professionnels du secteur, et des études évaluées par des pairs, des instituts de recherche universitaires et des associations médicales.

Voici les sources que nous avons utilisé pour la rédaction de cet article :

  • “Queer: A Graphic History” par Meg-John Barker et Julia Scheele perspective accessible sur le sujet.

  • “Queer Theory: An Introduction” par Annamarie Jagose

  • “The Queer Art of Failure” par Jack et Judith Halberstam

  • “La pensée straight” par Monique Wittig

  • “Trouble dans le Genre” par Judith Butler

  • “What does the ‘Q’ in LGBTQ stand for ?” – Article sur le site USA Today News, 2022

  • “Queer French: Globalization, Language, and Sexual Citizenship in France” par Denis M. Provencher. Une exploration des discours et des identités queer en France.

  • “C’est quoi, le queer ?” et “Intérieur Queer” – Article et Podcast sur le site Radio France, 2019